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Hotel Hitler

Nous longeons un magnifique lac en cette belle matinée ensoleillée, et même si de nombreux amoureux de la nature sont en balade dans le secteur il règne dans l’équipe une étrange sérénité. Tout en regardant le voisin tondre l’herbe sur son tracteur nous contournons l’édifice à la recherche du point d’accès, et c’est par une fenêtre cachée de la vue des passants que nous entrons dans l’hôtel.

La première pièce que nous explorons est la cuisine. Elle est plutôt petite par rapport à la taille de cet hôtel. Le rez-de-chaussée du bâtiment ayant été muré, les prises de vue sont compliquées. De toute manière cette cuisine n’offre que peu d’intérêt, nous poursuivons donc la visite. Nous traversons la salle de restaurant puis nous trouvons rapidement l’escalier principal et son tapis rouge qui nous permet de gagner le premier étage, et surtout la lumière du jour. En fait ça n’est pas tout à fait la lumière du jour mais plutôt une lumière à dominante jaune, sans doute liée à la végétation qui entoure cet endroit. Ces tons imprègnent nos photos et leur donnent un aspect tout aussi ancien que le lieu. L’ambiance n’en est que plus intense et nous avons au moins le plaisir de shooter à la lumière naturelle.

Comme dans la plupart des hôtels le décor est répétitif et les chambres se succèdent en offrant quasiment la même vue derrière chaque même porte. Seuls quelques objets oubliés viennent différencier les pièces, un hôtel classique en somme, comme nous en avons déjà beaucoup visités. C’est en tout cas le sentiment que nous avions jusqu’à ce que nous tombions sur ces objets troublants. En effet sur la fin de la visite nous trouvons une vieille machine à écrire.
Non loin de cette machine des piles de correspondances, chacune s’achevant par deux mots qui nous laissent perplexes : "Heil Hitler". Tout d’abord sceptiques nous pensons à une mise en scène de précédents explorateurs. Finalement nous devons nous rendre à l’évidence, ces courriers sont datés et le papier est ancien. Le volume de courriers fait qu’il ne peut s’agir d’une mise en scène. Ils ont tous été écrits pendant la seconde guerre mondiale. L’hôtel était déjà en activité et il était très prisé dans la région. Il aurait fermé dans les années 60.
Nous comprenons que pendant la guerre les habitants des zones occupées devaient se plier aux usages de l’occupant, souvent contre leur gré. Dans les échanges que nous lisons il est question de l’exploitation courante de l’Hôtel, de ses visiteurs, ou des personnalités attendues sur place. Mais la question qui se pose c’est :

pourquoi avoir gardé toutes ces lettres ?

Alors que nous passons en revue les premières hypothèses le malaise s’installe progressivement. Nous regagnons la sortie conscients que cette question n’aura probablement jamais de réponse, et juste avant de sortir, comme un coup de grâce, nous tombons sur une croix mortuaire sur laquelle deux mots se démarquent : RIP - Adolphe.

Retrouvez l'intégralité des photos dans la galerie

2 commentaires

Jerem

Sacré reportage ! Carrément flippant comme endroit, vous avez du avoir des bonnes sueurs froides.

Aurélie

Ayant vu un bon nombre de courriers officiels dans les archives alsaciennes, et donc de courriers allemands pendant l’occupation, j’ai plutôt interprété le "Heil Hitler " recurrent en fin de lettre, comme une sorte de "cordialement" actuel...
Pour ma part, je suis tombée une fois dans un garage abandonné sur un exemplaire de "Mein kampf", en allemand écriture gothique, avec la photo de son auteur en 1ere page... Ça faisait froid dans le dos !

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